• Sens et Vie

Au-delà du jugement, la liberté intérieure


Partie 2 : Pourquoi abuse-t-on des jugements ?

Nous avons vu dans la première partie que juger fait partie de la vie de l'intelligence et que cela est nécessaire pour tenter de comprendre le réel, nous positionner face à lui et communiquer les uns avec les autres. Le problème commence lorsque nous sommes persuadés que ce qui est de l'ordre d'un jugement, donc d'une vue essentiellement subjective des choses, correspond parfaitement au réel dans toute sa complexité changeante. Nous allons voir maintenant que cette tendance à abuser de notre raison s'origine d'une façon ou d'une autre dans la peur.

Il est à noter que ma dernière phrase est un jugement! Je ferme les possibles sur le fait unique de l'origine des jugements comme étant la peur. A partir du moment où je l'énonce avec la conscience que c'est ma façon actuelle d'analyser les choses et que je suis prête à une remise en question, j'échappe au risque d'abus. Mais la phrase que je viens d'écrire est encore un jugement: les "si...alors", posent une nécessité qui enferment aussi les possibles. Oui mais, me direz-vous, à un moment donné, il faut bien quand même croire en quelque chose!

Comment concilier l'assertivité et le non jugement? Le savoir et le doute? C'est dans la troisième partie que nous tenterons de répondre à cette question, avant d'énoncer les sortes d'abus de jugements auxquels nous succombons quotidiennement et la façon dont nous pouvons les dépasser. Dans ce présent article, établissons quelques raisons psychologiques qui peuvent entrainer notre mental à abuser des jugements.

Intellectuel

L'intelligence, tout d'abords, nous gratifie de la capacité à trouver du sens. En même temps, elle ne nous donne pas la capacité de percer l'entièreté du mystère de la Vie. Cela peut nous mener à des sentiments d'angoisse. Angoisse du chaos, de l'absurde, du vide. Une solution, pour échapper à ce sentiment peu supportable, peut être d'absolutiser des vérités, d'avoir une lecture de pensée du monde rigide, à l'intérieure de laquelle le doute et la remise en question n'a plus sa place.

Nous sommes alors dans un besoin de sécurité, de contrôle et de protection qui peut nous mener à juger les façons de penser différentes de la nôtre avec méfiance, mépris ou agressivité. Ce sont des dérapages que l'on peut observer dans les religions, lorsqu'elles se laissent aller à l'extrémisme, l'intégrisme ou les déviances sectaires. Tandis que la spiritualité bien vécue et l'expérience des mystiques nous enseignent que le doute est au cœur de la croyance.

Relationnel

Parce que nous sommes des être de relations, nous ne pouvons pas vivre sans elles. Sans une base de signes de reconnaissance, le nouveau né en tous les cas, ne survit pas. Plus profondément, nous avons besoin de nous sentir aimés inconditionnellement pour vivre heureux. Or l'amour de nos parents ou éducateurs n'est pas toujours vécu comme tel, et il est fort probable que le lot de l'être humain soit de porter une blessure narcissique plus ou moins grande. L'enfant sur lequel le parent se fâche vivement, se demande s'il est toujours aimé. A nouveau, selon les spiritualités, croyances ou expériences de mort imminente, il semblerait que l'amour inconditionnel ne sera vécu comme tel qu'après la mort.

N'est-ce pas parce que nous ne sommes pas baignés de cet Amour inconditionnel que nous ne vivons pas toujours tel que nous sommes, mais en fonction de ce que l'on attend de nous? Dès lors, le perfectionnisme nous guette, et nos limites sont vues comme un danger potentiel. Afin d'éviter le désagrément de cette peur, une solution consiste à éviter de regarder en face nos limites et, pour être sûr d'y parvenir, de les projeter sur les autres, donc de les juger. Nous soulageons ainsi notre blessure narcissique par une image idéale de nous-même ou de notre groupe d'appartenance, du haut duquel on peut critiquer les autres.

Il est à noter ainsi que, plus on juge les autres, plus c'est le signe que l'on se juge en fait soi-même. Lorsque nous nous acceptons comme limités sans que cela représente un danger pour nous, nous acceptons aussi les autres avec leurs limites. Le danger ici, et donc la peur, réside dans le fait de ne pas être aimé. C'est pour cela que les jugements qui nous font le plus de mal sont les jugements de valeur moraux négatifs: "c'est mal", lorsque nous les confondons avec "tu es mauvais" et, pire encore, avec: " je ne t'aime pas".

Émotionnel

Lorsqu'une expérience provoque en nous des émotions désagréables très fortes (peut, colère, tristesse) et que:

  • elle se réitère plusieurs fois (deux fois suffisent!),

  • ou de façon particulièrement brutale et inattendue (traumatisante),

  • ou durant la période d'empreinte (la prime enfance),

  • ou enfin lors d'une "première fois",

une stratégie adaptative se met en place dans le cerveau afin d'éviter dorénavant l'expérience, fut-ce en dépit de ce qui est logique ou raisonnable.

Pour se faire, il y a une abstraction sélective inconsciente qui s'opère et une conclusion qui s'en dégage, visant à donner un sens et un sentiment de contrôle. Cette nouvelle croyance est difficile à déloger. Et plus elle l'est, plus c'est le signe qu'il est question de survie dans l'esprit de la personne qui l'énonce, et qu'il n'est peut-être même pas bon de trop vouloir la questionner.

Lorsqu'une femme dit que "les hommes ne pensent qu'à ça", il est fort à parier qu'elle a eu une ou plusieurs mauvaises expériences avec l'un d'eux. Elle ne changera sa croyance qu'une fois avoir vécu une expérience démentant la première. Mais si sa peur est trop grande, il se peut qu'elle passe justement sa vie à faire en sorte que sa croyance soit validée, et donc à se lier uniquement avec des hommes de ce type-là.

Une phrase comportant les mots "jamais" ou "toujours", parle davantage d'une émotion forte que de ce dont elle parle. Et l'inverse est vrai aussi! Une émotion très forte et désagréable peut trouver sa source dans une croyance limitante et bien ancrée. Si l'on me dit que je ne parviendrai pas à réaliser mon projet et que cela me rend épouvantablement triste, c'est un signe que je crois déjà au fond de moi ne pas en être capable. C'est moi qui donne à l'autre le pouvoir de son jugement, en fonction de mes croyances personnelles.

Autrement dit, une personne assertive aurait moins tendance à juger les autres et se juger elle-même. Si je crois en qui je suis et où je vais, je vais moins me laisser influencer par les jugement de autres, et surtout je vais aussi moins avoir besoin de critiquer les autres pour tenter de me mettre en avant de cette façon détournée. Il y a illusion et perversion, dans le sens basique du terme (inversion), à vouloir s'élever par le moyen du rabaissement des autres.

Les ressources sont à trouver en soi-même et par soi-même, dans le fait de s'aimer tel qu'on est, avec et au-delà de nos limites. Comment parvenir à accepter que nos limites ne soient pas limitantes, mais au contraire promesses d'évolution? Comment concilier affirmation de soi et ouverture aux possibles? Comment entrer dans cette confiance fondamentale en la vie, au-delà de toute peur? Rendez-vous dans les parties 3 et 4, où nous amorcerons des réponses à ces questions de façon plus concrète, par le biais de la posture corporelle et de l'écoute active.


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"Sens et Vie" - Sophie Ducrey - Coach et Philosophe

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