• Sens et Vie

Comment se libérer des sentiments de culpabilité inutiles dans nos liens aux autres ? Regard croisé


Partie 1:

Qu'est-ce que la culpabilité?

Très vaste sujet, que cet article n’a pas la prétention d’aborder dans tous ses aspects, qu’ils soient philosophiques, psychologiques ou juridiques. Nous irons ici directement vers la compréhension de ce qui peut nous causer inutilement du tort, concernant les sentiments de culpabilité, et plus spécifiquement dans nos relations aux autres. Notre objectif est de comprendre ce qu’il est bon de lâcher, pour que grandisse notre liberté intérieure.

Synthétisons donc la définition de la culpabilité comme « état de celui qui est responsable d’une faute » (Petit Robert). Si je renverse mon verre sur mon voisin, je suis à l’origine de ce geste, tout simplement. Je peux écrire « tout simplement » parce que je n’ai pas utilisé le mot « coupable ». Or c’est bien de cela qu’il s’agit ; je suis coupable. Pourquoi, lorsqu’on utilise le mot « coupable », voit-on déjà l’échafaud se profiler à l’horizon ? Ce n’est pas la culpabilité qui est un poids dans notre existence, mais la façon dont on la considère.

Le mot de « faute » lui-même fait résonner dans notre esprit l’idée de condamnation. Or la faute peut être définie, simplement, comme « un manquement à une règle ». La culpabilité existe donc parce qu’il y a des règles, décidées par les Hommes, dans le but de rendre les relations harmonieuses. Si le vin du verre que j’ai renversé s’est répandu sur le pantalon de mon voisin, il est juste que je présente mes excuses et me lève par exemple pour chercher de quoi réparer les conséquences de mon méfait. Si la tache ne se résorbe pas, je peux proposer un autre type de réparation plus conséquent. Cela fait partie des règles de bienséance.

La gravité de la culpabilité dépend de la gravité du tort causé ainsi que de l’intention de celui qui l’a causé. Du vin sur un pantalon, ce n’est pas si grave. Mais une chose est de l’avoir renversé par inadvertance, une autre de l’avoir jeté dans un geste de méchanceté gratuite. La façon dont on se sent coupable est encore autre : elle dépend aussi de la réaction de l’autre. Si "je n'ai pas fais exprès" - comme le disent les enfants justement pour se dédouaner - mon voisin de table peut saisir l’opportunité de ce méfait pour faire plus ample connaissance avec moi parce qu’il me trouve charmante et que cela lui importe bien plus que son pantalon. Dans ce cas, mon sentiment de culpabilité a plus de chance de s’estomper rapidement. Inversement, il peut se mettre hors de lui et me traiter d’emplâtre finie (ou pire), ce qui risque d'aviver mon sentiment de culpabilité. Cela dépend aussi du prix de son pantalon, de l’importance qu’il accorde à ce prix, du type de relation qu’on a, du moment, de l’endroit etc…

Entre humanisation et déshumanisation

Quels que soient les faits, il est important de distinguer le sentiment de culpabilité de la culpabilité réelle. En effet, ce sont les sentiments de culpabilité qui sont un réel poids dans notre vie. Le sentiment peut durer et peser dans la mesure où il n’a pas de prise avec le réel dans son objectivité. Pourquoi? Parce qu'entre en jeu la complexité des relations humaines dans leur intersubjectivité et les expériences de souffrances qui en résultent. Serait-il bon alors de bannir toute espèce de sentiment de culpabilité?

Quelle est la raison d'être du sentiment de culpabilité? Ne vient-il pas à l'origine d'une faculté humaine très positive qu'est l'empathie? Je ne désire pas que l’autre souffre à cause de moi et désire donc réparer mon tort. De façon plus inconsciente, je ne désire pas non plus être mal jugé par l’autre et lui propose réparation pour avoir plus de chance d’être bien vu, voir aimé. Si le sentiment de culpabilité rempli sa fonction réparatrice, en quoi peut-il ensuite poser problème ? Qu’est-ce qui fait que nous sommes parfois rongés par des sentiments de culpabilité qui nous minent ?

Si nous pouvons être reconnus coupables, c’est parce que nous sommes doués de conscience, d’intention, de liberté de choix, d’intelligence, tout ce qui fait de nous des êtres évolués. Dans une certaine mesure, c’est aussi parce que nous sommes ainsi créateurs de nos vies que nous pouvons commettre des fautes et des erreurs. Un chef d’œuvre ne se fait pas en un coup de baguette magique ! Toute notre vie se passe d’ailleurs à évoluer souvent grâce à nos erreurs. Il semble que plus l'animal est évolué, plus il parvient à être "créateur" de sa vie, au-delà de ce que ses instincts lui dictent.

Vu comme cela, nous pourrions donc être submergés de gratitude et d’émerveillement rien qu’à l’idée d’être capables de fautes. Ou en exagérant moins, nous pourrions être dans une profonde compassion pour ces êtres si vulnérables, parce que si puissants, que nous sommes. En place de cela, nous vivons comme si nous ne devrions jamais faire de fautes et nous nous morfondons dans une culpabilité inutile. Si nous pensons que, pour être quelqu’un de bien, il faut ne jamais être fautif, manifestement, nous passons à côté de l’essentiel. Ceux qui ne font jamais d’erreurs sont ceux qui ne font jamais rien. Les sages disent que le problème n’est pas de tomber, mais de ne pas se relever. Allons plus loin encore et osons affirmer que le problème n’est pas de tomber, mais de croire qu’on ne devrait pas tomber.

Bien sûr, dans mon exemple, c’est juste un verre qui est tombé. Je pourrais donc facilement me reconnaître coupable sans que cela devienne un sentiment destructeur. Ce qui peut commencer à me détruire est la disproportion entre l’acte et le jugement que je me porte ou celui que peut me porter mon voisin. Je pourrais alors croire que je n’ai pas seulement fait une erreur, mais que je suis quelqu’un de mauvais. A partir de là, être quelqu’un de limité, capable de faute - ce qui est tout fait normal - devient insupportable. Insupportable parce que mon être est atteint, en étant tout à coup réduit à mon acte. Mes limites deviennent celles de mon être même. Je ne suis donc pas aimable inconditionnellement. Cela peut réveiller une angoisse existentielle.

La culpabilité pervertie

Nos peurs les plus archaïques proviennent sans doute de la petite enfance. Lorsque nos parents étaient très en colères contre nous, nous avons pu penser qu’ils pourraient ne plus nous aimer ou même préférer que nous n’existions plus. Si tel était le cas, notre vie aurait alors été réellement en danger. Le tout petit ne se sent exister qu'à travers le regard d'amour de l'autre. Ensuite, les grandes institutions qui avaient comme mission de nous élever à la suite de nos parents, ont pu exagérément mettre l’accent sur les fautes et les punitions. La faute n’a dès lors pas été vue comme une occasion de s’élever plus haut, mais plutôt seulement comme source de jugement et de condamnation de notre personne. D’où l'angoisse d'une culpabilité existentielle qui rejaillira ensuite à chaque faute commise, même plus tard, lorsque le regard de l'autre cessera d'être vital.

Ne pourrait-on pas ici parler de perversion du sentiment de culpabilité, dans le sens d’inversion par rapport à son sens premier ? Rappelons-nous, le sentiment de culpabilité est utile lorsqu’il puise sa raison d’être dans notre capacité d’empathie face à la souffrance d’autrui. Les être dénués d’empathie ne sont pas ceux dont on recherche le plus l’amitié. A l‘extrême ces gens peuvent même représenter un danger. S’il y a capacité de se sentir coupable, c’est qu’il y a capacité d’aimer et, qui dit amour, dit liberté.

Parce que je suis libre et capable de choix, je suis capable d’aimer et de me sentir coupable lorsque je cause du tort à autrui. La capacité de se sentir coupable fait partie de notre grandeur d’âme, notre dignité d’être humain. Une personne qui reconnait son tort est admirable et aimable. Si cette capacité est utilisée pour lui faire croire qu’elle n’est pas aimable, jusque dans son être, il y a perversion. Il y a comme infraction dans les failles de sa vulnérabilité pour atteindre le cœur de sa personne. La vertu s’arrête quand commence l’excès. Nous y voilà.

Alors concrètement, comment reconnaitre là où l’excès commence ? La culpabilité est définie comme l’état de celui qui est responsable d’une faute. Si le juste milieu se situe entre deux extrêmes, nous pouvons dire qu’il est autant mauvais de se sentir trop coupable par rapport à la réalité que pas assez coupable. Autrement dit, il est toxique de se sentir fautif alors que nous ne sommes pas responsables (au risque de glisser sur la pente de la névrose ou la dépression), tout comme il est malsain de rejeter la faute sur les autres alors que c’est nous qui sommes responsables (au risque de glisser sur la pente de la perversion ou psychopathie). Sans aller dans les extrêmes, quels sont nos excès ordinaires ? Et comment accéder à la sérénité et la liberté intérieure du juste milieu ?

Nous tenterons d'y répondre dans la deuxième partie de l'article, publié ci-après.

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"Sens et Vie" - Sophie Ducrey - Coach et Philosophe

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