Les dérives du coaching

L ’engouement pour le coaching répond à un besoin de notre époque en même temps qu’il reflète ses dérives.
Au sortir de la pédagogie noire, son poids de culpabilisation, l'exigence au sacrifice, voir même la glorification de la souffrance à travers la doctrine religieuse, le coach nous nettoie de ces toxines par la pensée positive ainsi que l’importance de l’estime soi, l'amour de soi et le soin de soi. C'est d'une importance capitale tant il est vrai que ce sont les failles narcissiques qui mènent aux pires abus, qu'il s'agisse de s’ auto-détruire ou de détruire l'autre. L'efficacité de la religion catholique par exemple reposait entre autre sur la culpabilité du péché dont pouvait nous délivrer Dieu à travers le prêtre uniquement, lors du sacrement de réconciliation. Les confidences et la délivrance opérée pouvaient soulager la conscience, mais la peur de pécher à nouveau gardait le fidèle dépendant. Si le coaching consiste au contraire à aider le client à croire en lui-même, en son potentiel et sa liberté intérieure, cela peut le mener à un autre extrême qui va jusqu'à nier les limites et souffrances inhérentes à la vie et, de ce fait, glisser aussi dans des dérives soit parce qu'elles reposent à nouveau sur des croyances, soit par manque de professionnalisme.
Le coaching est en effet né de toute la sphère du développement personnel qui repose à l'origine sur les croyances de type New Age. A l'extrême de ces croyances se trouve l'idée que nous sommes totalement auteurs de notre vie au point de pouvoir créer notre propre réalité, ou même que la réalité n'existe que parce que nous la créons. Voyez vous ici revenir en force, de façon plus subtile, le poids gigantesque de la culpabilité et la dépendance qui en découle? Si ce qui advient dans ma vie me détruit, c'est que je l'ai voulu ! Et si je ne deviens pas la meilleure version de moi-même, ne parviens pas à un accomplissement plénier dans tous les domaines, je n'ai à en prendre qu'à moi-même et dois voir un coach afin d'y arriver à tout prix !
Si nous passons du narcissisme vulnérable dû à la religion au narcissisme grandiose à travers les croyances New Age, nous ne sommes dans aucun de ces cas extrêmes face au réel qui nous limite, aux limites qui font aussi partie de nous, à l'intérieur desquelles nous pouvoir faire des choix limités qui rendent notre vie meilleure un pas à la fois, sans crouler sous le poids d'une culpabilité inutile, voir mortifère. La souffrance fait partie de la vie parce qu'elle fait partie de la vie, pas parce qu'elle représente une punition ou une incapacité à créer la vie rêvée.
La recherche de performance provient à mon sens aussi de l'idéologie de la société moderne obsédée par la réponse au comment jusqu'à passer à côté du pourquoi, raison pour laquelle le coaching que je propose est axé davantage sur la recherche de sens et de vie à déployer, plutôt que d'efficacité et d'accomplissement à mettre en place avec des résultats attendus.
Autre raison d'une dérive et pas des moindres: le coaching est une discipline non reconnue et à raison. Elle manque de base scientifique solide puisqu'elle manque d'un objet clairement défini, de concepts stabilisés, de méthodologie explicite et reproductible ou d'instance de validation bref, de cadre théorique unifié et ainsi de garde fous. Dans ce cas, il risque d'y avoir une dé-responsabilité totale du coach: si son client progresse c'est que les techniques fonctionnent, si ce n'est pas le cas c'est le client lui-même qui n'est pas prêt et cette vision hiérarchique dangereuse crée une relation d'emprise, exactement la même que dans la religion: si le fidèle souffre dans sa communauté c'est un manque de foi de sa part !
Une des lignes de défense du coaching est de prétendre qu'il ne soigne pas mais ne fait qu'accompagner un processus de changement. Or pour s'opérer, certains changements réclament de facto de s'ouvrir à des zones d'ombre liées à nos blessures. Un coach suffisamment efficace risque fort de se retrouver confronté à des mécanismes de défense, des transferts et contre-transfert, des traumatismes et peut-être des moments de débordement, effondrement ou décompensation, sans avoir une formation suffisamment solide pour y faire face adéquatement.
Pour ma part, prenant conscience de ces failles après ma formation en coaching, j'ai décidé de m'engager à me former en autodidacte à ces notions de psychologie clinique et de thérapies cognitivo-comportementales reconnues et validées, à glisser directement hors de toute tentative de mise en place d'un lien asymétrique avec la personne que j'accompagne lorsqu'elle pense par exemple que je sais mieux qu'elle, à ne pas entrer dans quelque forme de croyance ou interprétation abusive. Je me base sur ce que j'ai appris de meilleur et de très prometteur à mon sens dans la posture du coach, à savoir la puissance de l'écoute active, du questionnement, du feedback par rapport au contenu apporté par la personne et ce que cela dit qui n'est pas dit, toujours sous forme de questionnement et proposition, jamais d'affirmation, la personne restant maître du contenu.
J'ai la capacité à gérer un débordement émotionnel et même une crise de panique par apprentissage et pratique, mais prend l'habitude de renvoyer la personne tout de suite chez un professionnel plus compétant lorsque cela survient ou que je sens la personne trop fragile, et surtout lorsqu'un retour de refoulé fait surface. Je conçois le coaching comme une discipline qui n'est pas autonome, mais plutôt un outil ponctuel, modeste et situé (quelques séances suffisent). Étant spécialisée dans la neurodivergence et les phénomènes d'emprise pour être très concernée, j'estime que ma pratique s'apparente davantage à de la pair-aidance avec de solides formations de base théoriques et d'accompagnement.
Dans l'article suivant, vous trouverez un exemple très concret de coaching pour vous donner une idée de la façon dont je fonctionne.
