
Qu'est ce que l'autisme?
Plusieurs particularités humaines sorties de la norme se sont trouvés être pathologisées à tort au cours de l’histoire, puis réhabilitées comme étant non pas des tares qu’il fallait guérir, mais des façons singulières d’être au monde (comme l’homosexualité par exemple). Ainsi en est-il aujourd’hui de l’autisme qui commence à peine à s’extraire d’une vision stigmatisante et dénigrante, bien qu’il fasse encore régulièrement partie des insultes. De fait, il est encore question d’un trouble décrit dans la DSM-5 (qui décrit les maladies mentales) par des termes uniquement négatifs comme déficiences, incompétences, anomalies, perturbations, altérations ou incapacités.
L’autisme est beaucoup plus flagrant et montré du doigt lorsqu’il est associé à de la déficience intellectuelle ou du génie. Entre ces extrêmes, la variation du spectre est très large, bien que la configuration neurodéveloppementale soit qualitativement et typiquement autiste, à savoir une façon spécifique de percevoir, traiter et relier les informations, qu’elles soient sensorielles, émotionnelles ou sociales. Ces fonctionnements représentent des atouts dans certains contextes et des obstacles dans d’autres, mais ne consistent pas en une maladie mentale à traiter ou à guérir.
On dit des autistes qu’ils perçoivent tous les détails en même temps avec plus d’intensité que la moyenne, et une moins grande capacité de discrimination, inhibition, priorisation entre eux, ce qui rend difficile l’organisation en une vue d’ensemble, les mises en contexte ou les généralisations et, de ce fait, fragilise la capacité des fonctions exécutives. De là vient leur besoin de connu, prévisible, répétitif et structuré, ainsi que leur repli sur eux-mêmes par instant pour retrouver leur énergie évaporée par l’accaparement des stimuli.
Il n’en reste pas moins que ce chaos intérieur peut être source de beaucoup de créativité, voir même d’intuitions frappantes, et que leur soif de nouveauté, et surtout de découvertes et d’apprentissage, n’en demeure pas moins prégnante. Leur capacité d’hyperfocalisation, de persévérance et de sensibilité accrue peut mener à une analyse très fine, subtile, précise, ou carrément experte, permettant de déceler des structures ou cohérences internes inédites. Ils peuvent par exemple entrer dans certains apprentissages de façon très tardive ou fulgurante. Ce que le DSM qualifie d’intérêts restreints concerne en fait des passions parfois dévorantes qui peuvent les mener à une expertise rarement égalée et qui donnent tout simplement sens à leur vie.
Les affects sont peu visibles mais néanmoins intenses, leur désir d’honnêteté et de justice puissant, leur capacité d’authenticité et d’intégrité remarquable et touchante. Ils ont du mal à supporter les faux semblants, les codes sociaux implicites ou sans fondement, les implicites et autres sous-entendus. De leur point de vue, les bizarreries en interactions concernent davantage ceux qui se prêtent à de la comédie sociale qu’à ceux qui s’offrent dans la nudité de leur être là, sans chichi.
Dis autrement, beaucoup de difficultés liées à l’autisme viennent moins du fonctionnement neurologique en lui-même que des exigences normatives qui ne peuvent pas leur convenir. Dans un cadre ajusté, les traits autistes peuvent devenir un atout plutôt qu’une entrave. S’ils sont respectés, ils peuvent permettent un épanouissement de talents surprenante, si on les force à se conformer à la norme, ils peuvent durablement abîmer la confiance en soi, l’amour de soi et l’estime de soi de la personne autiste.
L’histoire de l’art, des sciences, de la philosophie et des techniques porte l’empreinte de ces profils-là : attentifs à l’invisible, obstinés dans leur quête, pensant hors du cadre, rétifs aux évidences. Leur sensibilité morale et sensorielle forte me semble enfin représenter un potentiel d’humanité qui manque à ce monde régit trop souvent par des narcisses en quête de pouvoir. Loin de moi cependant l’idée d’idéaliser les personnes autistes, car elles peuvent aussi être sujettes à des troubles de personnalité qui les rendent toxiques. Mais l’autisme en lui-même gagne à ne plus être considéré uniquement du point de vue de ses carences, et permettre aux personnes dont c’est le fonctionnement de déployer leurs talents propre pourrait bien faire partie de ce qui fera progresser l’humanité.
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