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Plusieurs particularités humaines hors norme se sont trouvés être pathologisées à tort
au cours de l’histoire, puis réhabilitées comme étant non pas des tares qu’il fallait guérir, mais
des façons singulières d’être au monde (comme l’homosexualité par exemple). Ainsi en est-il
aujourd’hui de l’autisme qui commence à peine à s’extraire d’une vision stigmatisante et
dénigrante, bien qu’il fasse encore régulièrement partie des insultes. De fait, il est décrit dans la
DSM-5 (manuel statistique et diagnostique américain des troubles mentaux) par des termes
uniquement négatifs comme déficiences, incompétences, anomalies, perturbations, altérations
ou incapacités.

L’autisme est beaucoup plus flagrant et montré du doigt lorsqu’il est associé à de la déficience
intellectuelle ou du génie. Entre ces extrêmes, la variation du spectre est très large, bien que la
configuration neurodéveloppementale, la stratégie cognitive donc ou ce qu'on pourrait appeler les circuits de régulation, fonctionnent de façon qualitativement similaire chez ces personnes, tout comme ceux qui présentent un TDAH (trouble de l'attention) ou des troubles de l'apprentissage, raison pour laquelle on les range parmi les neuroatypies. Dit autrement encore, cette population présente une façon spécifique de percevoir, traiter et relier les informations, qu’elles soient sensorielles, émotionnelles ou sociales. Ces fonctionnements représentent des atouts dans certains contextes, parfois énormes, et des obstacles dans d’autres, parfois handicapants, mais ne consistent pas en une maladie mentale à traiter ou à guérir.

On dit des neuroatypiques qu’ils perçoivent tous les détails en même temps avec plus d’intensité que la moyenne et une moins grande capacité de discrimination, inhibition, priorisation entre eux, ce
qui rend difficile l’organisation en une vue d’ensemble, les mises en contexte ou les
généralisations. Tout ce qui se fait de façon automatique pour la plupart est comme à ré-apprendre à chaque fois pour eux. Des lors, les fonctions exécutives s’en trouvent compliquées, voir handicapent
la capacité d’autonomie de la personne.

 

De là vient, pour le profil autiste en particulier, le besoin de connu, prévisible, répétitif et structuré, ainsi qu’une nécessité de temps à autre de repli sur soi pour retrouver l’énergie évaporée par l’accaparement des stimuli. Les troubles de l'apprentissage mettent l'accent sur ce "chaos" cérébral à d'autres niveau comme la lecture (dyslexie), l'écriture (dysgraphie) le langage (dysphasie), la coordination (dyspraxie), le calcul (dyscalculie) ou l'attention (TDA). Ces catégories ne sont aujourd'hui plus isolées mais regroupées sous l’appellation de troubles spécifiques des apprentissages.

Il n’en reste pas moins que ce chaos intérieur peut être source de beaucoup de créativité, voir
même d’intuitions surprenantes, de liens inédits, de découvertes fulgurantes, et que la soif de nouveauté de ces personnes, et surtout de recherche et d’apprentissage, n’en demeure pas moins prégnante. Chez les autistes en particulier, leur capacité d’hyper-focalisation, de persévérance et de sensibilité accrue peut mener à une analyse très fine, subtile, précise, permettant de déceler des structures logiques ou cohérences internes que personne n'avait vu. Ils peuvent par exemple entrer dans certains apprentissages de façon très tardive ou alors fulgurante.

 

Ce que le DSM qualifie d’intérêts restreints concerne en fait des passions parfois dévorantes qui peuvent les mener à une expertise rarement égalée et qui donnent tout simplement sens à leur vie. Ces caractéristiques ont été longtemps attribuées à tord aux personnes porteuses d'un haut QI, ces HPI (haut potentiel intellectuels) encore aujourd'hui rangés parmi les neuroatypiques à tord, puisque leur capacité quantitativement plus performente ne signifie pas qu'elle soit qualitativement différente, à moins d'avoir une neuroatypie associée.

Certains se sont plu à définir l’autisme comme le syndrome du monde intense[1]. Les affects de

ces personnes parfois peu visibles n’en sont en effet pas moins profonds, la façon si fine dont ils perçoivent ceux des autres parfois étonnante, leur désir d’honnêteté et de justice prépondérant, leur capacité d’authenticité et d’intégrité remarquable et touchante. Ils ont du mal à supporter les faux semblants, les codes sociaux implicites ou sans fondement. De leur point de vue, les bizarreries en interactions concernent ainsi davantage ceux qui se prêtent à ce qu’ils perçoivent comme étant une comédie sociale, qu’à ceux qui s’offrent dans la nudité de leur être là, sans chichi. Méfions nous de notre tendance à pathologiser la différence, car elle ne l'est qu'en rapport à soi-même et souvent à notre position de privilégié.

Dis autrement, beaucoup de difficultés liées à l’autisme viennent moins du fonctionnement
neurologique en lui-même que des exigences normatives qui ne correspondent pas à leur façon de fonctionner et ne peuvent leur convenir. Dans un cadre ajusté, les traits autistes peuvent devenir un atout plutôt qu’une entrave. S’ils sont respectés, l'épanouissement de leurs talents peuvent vous surprendre. Si on les force à se conformer à la norme en revanche, ils abîment alors leur confiance et estime d'eux-même et jusqu'au sens qu'il peuvent trouver à leur vie.

L’histoire de l’art, des sciences, de la philosophie et des techniques porte l’empreinte de ces
profils-là : attentifs à ce qui est peu perceptible, obstinés dans leur quête, réfléchissant hors du cadre, rétifs aux évidences. Leur authenticité et sensibilité morale forte me semble enfin représenter un potentiel d’humanité qui manque à ce monde régit trop souvent par des narcisses en quête de pouvoir. Loin de moi l’idée d’idéaliser les personnes autistes, surtout si s’ajoute à leur fonctionnement un caractère compliqué, un trouble de personnalité ou d’autres comorbidités. Mais l’autisme en lui-même gagne à ne plus être considéré uniquement du point de vue de ses carences. Permettre aux personnes dont c’est le fonctionnement de déployer leur richesse intérieure propre pourrait bien faire partie de ce qui fait progresser l’humanité dans ses découvertes, mais aussi dans
son humanisation.


 

[1] Voir Markram, H., Rinaldi, T., & Markram, K. (2007). The Intense World Syndrome – An Alternative
Hypothesis for Autism. Frontiers in Neuroscience, 1(1), 77–96

Qu'est-ce que l'autisme ?

Sophie Ducrey - Coach et Philosophe

 Gembloux - Belgique

+32 (0) 499 81 47 79

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